COMMENT PEUT-ON ETRE GASCON ?

Nous n’allons pas ici faire un cours d’Histoire : ce n’est pas l’objet de ce texte.
 

Mais consacrons deux ou trois petites pages à situer les gascons dans l’Histoire, et surtout ceux de la région. Un autre ouvrage d’Ací Gasconha, qui paraîtra en 1999, donnera de plus amples informations.
 

Compte tenu des incertitudes et des controverses qui s’attachent à la période antérieure au Xème siècle, on peut dire avec prudence :

L’espace appelé Aquitaine par les Anciens, puis Novempopulanie, puis Wasconia ou Vasconia (devenu Gasconia par influence germanique à partir du VIème siècle) a été peuplé de bonne heure. Mais malgré les témoignages préhistoriques nombreux, et en particulier de la révolution néolithique (incinération et ensevelissement des morts, agriculture et élevage), malgré aussi les nécropoles du premier âge du fer, on ne saurait avec sûreté évoquer les peuples qui habitèrent ou passèrent dans notre région, qu’il s’agisse des Ligures, des Ibères (mais quels Ibères ?) ou encore des Celtes.
 

Cependant, on peut croire César ou Strabon, qui insistent sur l’originalité ethnique et linguistique des peuples aquitains. Certain, également, le morcellement politique, Strabon disant que vivaient là plus d’une vingtaine de peuples, petits et obscurs (peut-être plus, d’ailleurs).

Malgré tout, une langue originale, l’aquitanique, peut-être ancêtre du basque actuel, gardé (en évoluant tout de même) dans les montagnes ; le reste du pays, lui, se romanisait, et donnait naissance, après plusieurs siècles, au gascon, qui conserverait, du fait de la langue ancienne, une figure originale parmi les langues romanes d’oc.
 

Ce n’est qu’après la chute de Rome, et le chaos qui suivit l’arrivée des peuples germaniques, que nous avons, suivant de loin la mort de Charlemagne, un peu avant l’an 1000, des documents plus nombreux et plus sûrs quant à la vie de Bayonne et des environs.
 

Les Normands, aux IXème et Xème siècles, avaient entièrement détruit Lapurdum, (exterminé sa population) - Quant Baiona (Bayoune) renaquit, vers l’an 1100, elle avait été repeuplée et agrandie avec le "Bourc Nau", et le Cartulaire de la Cathédrale de Bayonne, appelé "Le Livre d’Or des Evêques de Bayonne", établit indubitablement par diverses listes de redevables, de contractants, de locataires, etc .., que la population était gasconne.
 

La fin du "Livre d’Or", le "Livre des Etablissements - Registres Gascons", sont écrits en gascon, comme tous les actes du XIème à la moitié du XVIsiècles.
 

Puis vint la domination des Ducs d’Aquitaine (également Rois d’Angleterre, un peu plus tard).
 

En 1177, mettant fin aux perpétuels conflits entre Bayonnais et basques du Labourd, Richard Coeur de Lion (Fils d'Aliénor d'Aquitaine, troubadour gascon et futur roi d'Angleterre) sépara Bayonne, qui fut ultérieurement rattachée à la sénéchaussée des Lannes ("des Landes", aujourd’hui). La ville ne cessa, jusqu’à la création des départements en 1790, de dépendre des Gouverneurs de Bordeaux - Les Capitales du Labourd furent Urrugne, puis Ustaritz.
 

Si les gouverneurs eurent un rôle militaire assez effacé, les véritables administrateurs royaux étaient les Intendants - Bayonne a dépendu de l’Intendance d’Auch, et pendant quelques années il y eut, au temps de Louis XVI, une Intendance Pau-Bayonne.
 

En 1789, les Labourdins refusèrent que Bayonne votât avec eux pour élire les représentants aux Etats Généraux.
 

Quand les rois Anglais, Ducs de Gascogne, descendants d’Aliénor d’Aquitaine, furent vaincus (en 1451, ici), par le Roi de France, des paroisses gasconnes, comme Anglet, furent rattachées au Labourd. (Professeur R. CUZACQ).
 

La toponymie ancienne de Bayonne, Anglet, Biarritz, issue du peuple, est entièrement venue du gascon. Ainsi, pour nous limiter à quelques lieux marquants, les plus connus (Aci Gasconha a publié des brochures "Anglet par ses rues", "Bayonne par ses rues", Biarritz par ses rues et prépare une reprise de ces ouvrages, maintenant épuisés.) :
 

- à Bayonne : le pont Mayou (pont principal) depuis 1125, la rue Victor Hugo (ex - "du pont Mayou" jusqu’au 19ème siècle), les rues d’Espagne (ex - "Mayour"), Pannecau, des Graouillats, etc., etc.) ;
 

- à Anglet (dont le nom "petit angle" rappelle l’époque où l’Adour faisait un angle très aigu avec la Côte, jusqu’à Capbreton, puis jusqu’à Port d’Albret) : les rues des Quatre-Cantons, des Cinq-Cantons, de Pachiou, ... et même de Bitachoun, de Plantecoude ("le gascon, dans les mots, brave l'honnêteté..." Boileau, à peu près...), etc ;
 

- à Biarritz, "le Coste de Pernauton", "le Coste dou Moulïn de Blaye", "leCoste dous Hos" (devenues au 19ème siècle Côte des Basques, Grande Plage ...), "lou Cucurloun" (devenu "Rocher de la Vierge" il y a un peu plus d’un siècle seulement), à peu près tous les rochers (Boucalot, Cachaous, Basta, etc.), etc.
 

L’exode rural, l’attrait de région touristique, celui des centres de développement, (administrations, industries, port, etc.) et quelques autres raisons, ont modifié le peuplement, et notablement augmenté l’apport de populations basque et allogènes.
 

Des missions d’études linguistiques, au siècle dernier, ont cerné dans la basse vallée de l’Adour et autour du B.A.B., les limites du basque et du gascon. En se reportant aux vieilles cartes de la région, aux cadastres, on peut en outre relever facilement les noms donnés aux lieux-dits, aux vieilles fermes : ils sont tantôt basques, tantôt gascons ; ils confirment ainsi les limites précitées, et c’est un signe de plus du peuplement des environs de Bayonne, comme le sont les listes de redevables des taxes de capitation ou autres.
 

Et voilà comment la moitié de la population de l’arrondissement de Bayonne vit en terre gasconne attestée depuis au moins mille ans !