A BAYONNE LA CATHÉDRALE AUSSI "PARLE" GASCON !  

 Bayonnais, touristes, jeunes archéologues ou historiens amateurs, organisateurs de visites guidées ou de spectacles "audio-visuels" sur ce monument, ne savent pas toujours que les inscriptions attestant de la construction de la Cathédrale de Bayonne sont rédigées en langue gasconne.

 

DÉDICACE A LA VIERGE MARIE

 

Alors que les inscriptions de dédicace étaient ordinairement rédigées en latin dans les églises de ce temps, la principale inscription de la Cathédrale de Bayonne, l’inscription de sa dédicace à la Vierge Marie, se lit en gascon. Elle figure à l’arc doubleau de la grande nef, entre la sixième et la septième travée, sur un écusson qui permet de dater avec précision la construction de cette dernière partie de la nef. Quand on entre dans la Cathédrale par le portail Ouest, en face de l’ancien Evêché (aujourd’hui Bibliothèque Municipale), il n’est que de lever les yeux vers la voûte : on reconnaîtra aisément cet écusson, au sommet de l’arc surplombant la tribune des orgues.

 

Cet écusson représente un pentalpha (étoile à cinq branches) surmonté d’une croix et entouré de cinq étoiles à six rais.

 

Cathédrale de Bayonne : au plafond, l'Écusson au pentalpha avec la dédicace en gascon

L’inscription disposée en cercle autour de cet écusson se lit de la manière suivante :

 

"Lan : M. : CCCC : e : IIII : fei : far : a : honor : de : Diu : e : de : le : verge : Marie : Domegou : de : Miolan : aqueste : nau :"

 

Soit :

 

Texte : "L’an mil quate cents e quate fei far a honor de Diu e de le Verge Marie Domegou de Miolan aqueste nau".

 

Traduction : "L’année 1404, Dominique de Miolan fit faire cette nef en l’honneur de Dieu et de la Vierge Marie".

LE PILIER D’AUGER DE LEHET

 

L’Abbé DARANATZ avait retrouvé, dans l’écurie et le grenier du Palais Episcopal, d’une part une statue du Chevalier AUGER DE LEHET, d’autre part une inscription, qui furent ensuite encastrées, en 1904, dans la partie Sud-Est du cloître "pour les placer à l’abri de tout vandalisme".

 

Destinée à accompagner cette statue, l’inscription gasconne donne la date du pilier où elle était placée, à droite à l’entrée du porche devant le portail Ouest de la Cathédrale, en face de l’Evêché :

 

 

Cathédrale de Bayonne : Pilier d'Auger de Lehet et son inscription en gascon.

 

 

Soit le texte suivant :

 

"L’an Mil cinc cens quinze fo comensat lo present pilan, estan noble home Auge de Lehet manobre e tesaure laic de la presente glise, en aide deu cloxer encoumenssat per lo senhor son pay aussi tesaure laic en son vivent. Deo gratias".

 

Traduction : "L’an 1515 fut commencé le présent pilier, le noble Auger de Lahet étant fabricien (membre de la fabrique) et trésorier laïc de la présente église, pour soutenir le clocher commencé par le Seigneur son père, également trésorier laïc de son vivant. Deo gratias".

Cet Auger de Lahet était fils de Bernadon de Lahet et neveu de Bertrand de Lahet, qui fut évêque de Bayonne de 1504 à 1519.

 

Le "Livre des fondations" (G. 55. f.14r°) évoque les dispositions de l’évêque et sa mort : "Monsur de Lehet mory en aquet atau jorn en la parropi de Belssussarri per lo temps de le peste ou mortalhe, qui se condave l’an mil cinq cens detz nau. E là fo enchachat ou boutat en ung coffre de fuste e enterrat en la glise de di lad Parropi de Belssussarri en Labourt, pres Baione, jusques au mes de desembre. Et en aquet jorn, sus lo matin, environ de les sept hores à las oeyt ou environ, lo portan los de la paropi dequi au portau de Lachepaillet e là l’anan sercar los messurs de la glise ...", etc.

 

Or Auger de Lahet avait un frère, portant le même prénom que lui, Auger, chanoine et vicaire général de Bayonne.

 

Cette inscription apprend donc que les deux piliers ou arc-boutants ne furent commencés qu’en 1515 par Auger de Lahet pour soutenir le clocher dont son père, Bernadon de Lahet, également trésorier et fabricien laïc de la Cathédrale, avait entrepris la construction vers 1502. Les deux piliers et la basse voûte précédant le portail Ouest de la Cathédrale s’avéraient indispensables pour soutenir la façade principale, sous la rosace, et les deux tours.

 

TESTAMENTS ET DEVIS

 

Les archives de la Cathédrale renferment plusieurs testaments d’évêques entièrement rédigés en langue gasconne.

 

Citons en particulier celui de Domenjon (Dominique) de Mans, en 1303 ; celui de Jean de la Barrière, en 1504 ; celui de Bertrand de Lahet, daté du 02 Août 1519.

 

Ces textes donnent de très utiles renseignements sur les usages et coutumes du temps ainsi qu’un très vaste échantillonnage du vocabulaire gascon en usage dans le pays bayonnais.

 

Notre vieil ami Pierre SICARD a publié, en 1964, dans son livre sur "Les orgues du diocèse de Bayonne, Lescar, Oloron", le texte du contrat passé, pour la construction du premier grand orgue de la Cathédrale, par Dominique de CASTELBON, facteur d’orgues résidant à Vittoria, en Espagne, le 18 Novembre 1488, et dont l’original se trouve sur parchemin aux archives départementales sous la référence 684. Ce contrat illustre la richesse du vocabulaire gascon dans un domaine très technique : claviers, transmissions, métaux, alliages, etc., sans compter la précision du vocabulaire proprement juridique.

 

Le gascon a vraiment été la langue officielle de la Cathédrale.

 

J.Milhères